« Nous sommes souvent ensemble, mais j’ai pourtant l’impression que nous ne partageons plus rien. »
Cette phrase peut sembler contradictoire. Comment peut-on manquer de l’autre alors qu’il est là, parfois juste à côté de nous ?
Peut-être parce qu’être présent et être en interaction ne sont pas exactement la même chose.
Nous ne mesurons d’ailleurs pas tous la proximité de la même manière. Pour certaines personnes, partager la même pièce, regarder une série côte à côte ou vaquer chacun à ses occupations constitue déjà une façon d’être ensemble. Pour d’autres, la relation devient perceptible lorsqu’il y a un échange, un regard, une conversation ou une activité réellement partagée.
Aucune de ces manières d’être proche n’est meilleure que l’autre. Mais lorsque chacun utilise son propre indicateur pour évaluer la relation, les malentendus peuvent rapidement s’installer.
Être là ne veut pas toujours dire être disponible
Dans la vie quotidienne, la présence peut prendre plusieurs formes.
On peut être physiquement là, dans la maison, et avoir l’esprit encore pris par le travail, le téléphone, les enfants ou les préoccupations de la journée. On peut aussi être silencieux et pourtant se sentir profondément relié à l’autre. À l’inverse, on peut parler beaucoup sans avoir le sentiment d’être vraiment écouté.
C’est pour cette raison que deux partenaires peuvent vivre le même moment de façon très différente.
L’un pense : « Nous avons passé toute la soirée ensemble. » L’autre ressent : « Tu étais là, mais je ne t’ai pas rencontré. »
Le premier peut alors se sentir injustement accusé. Il a l’impression que sa présence, ses efforts ou sa fidélité au quotidien ne comptent pas. Le second peut se sentir seul et incompris, puisque ce qu’il réclame n’est pas davantage de temps dans la même pièce, mais un signe montrant que l’autre s’intéresse encore à son monde.
Nous n’avons pas tous appris la proximité de la même façon
Notre manière d’être proche ne commence pas avec notre couple.
Elle s’est construite au fil de notre histoire, dans notre famille, nos habitudes et les relations que nous avons connues. Dans certaines familles, l’affection passe par les mots, les questions, les gestes ou les moments partagés. Dans d’autres, elle se manifeste davantage par la présence, les services rendus, la fiabilité ou le fait de rester là quand la vie devient difficile.
Nous arrivons donc dans la relation avec des repères qui nous paraissent souvent évidents. Nous pensons que l’autre reconnaîtra spontanément notre façon d’aimer et qu’il nous donnera naturellement ce dont nous avons besoin.
Mais ce qui est évident pour l’un ne l’est pas nécessairement pour l’autre.
Une personne peut se dire : « Si je reste près de toi, c’est bien la preuve que je tiens à toi. » Son partenaire peut pourtant penser : « Si tu tenais à moi, tu me demanderais comment je vais. »
Chacun possède une partie de l’information, mais chacun traduit le comportement de l’autre avec son propre langage.
Quand la différence devient une blessure
Le décalage n’est pas forcément un problème au départ. Il le devient lorsque chacun commence à interpréter la manière d’être de l’autre comme une preuve de désamour.
Celui qui a besoin de davantage d’interaction peut multiplier les demandes, poser des questions, proposer des activités ou reprocher à l’autre de ne jamais être vraiment là. Celui qui se sent déjà présent peut entendre ces demandes comme une critique permanente : quoi qu’il fasse, cela ne semble jamais suffire.
Un cycle peut alors s’installer.
Plus l’un réclame de la proximité, plus l’autre se sent inadéquat ou envahi. Plus il se retire, plus le premier se sent abandonné. À ce stade, le couple ne parle plus seulement d’un moment passé ensemble. Chacun essaie de faire reconnaître sa manière de vivre le lien.
Et derrière les reproches, il y a souvent deux questions beaucoup plus vulnérables : « Est-ce que je compte encore pour toi ? » et « Est-ce que ce que je donne a encore de la valeur à tes yeux ? »
Identifier ce qui nous fait sentir proches
Dire « tu n’es jamais là » ou « nous ne faisons plus rien ensemble » exprime une souffrance, mais ne permet pas toujours à l’autre de comprendre ce qui manque réellement.
Avant de demander davantage de présence, il peut être utile de préciser ce que ce mot signifie pour vous.
- Est-ce que je me sens proche lorsque nous parlons de ce que nous vivons ?
- Ai-je besoin que l’autre me pose des questions ou prenne l’initiative d’un échange ?
- Est-ce le regard, le toucher, l’humour, la tendresse ou l’attention qui me manque ?
- Partager une activité me nourrit-il davantage que rester simplement dans la même pièce ?
- Quels petits moments me donnent réellement le sentiment d’exister dans le monde de l’autre ?
Ces questions ne servent pas à dresser une liste d’exigences. Elles permettent de rendre visible ce qui, jusque-là, était attendu sans être nommé.
Créer une proximité qui ressemble aux deux
Se comprendre ne signifie pas devoir tout faire ensemble ni être constamment disponible.
Un couple a aussi besoin de silence, d’espace personnel et de moments où chacun peut exister de son côté. L’enjeu est plutôt de construire une forme de proximité dans laquelle les deux partenaires peuvent se reconnaître.
Cela peut commencer très simplement : dix minutes sans téléphone pour se raconter sa journée, un geste d’affection au moment de se retrouver, une question posée avec une véritable curiosité, une activité choisie ensemble ou un moment calme partagé en sachant que ce silence est agréable pour les deux.
Il ne s’agit pas d’appliquer une recette. Il s’agit d’observer ce qui produit réellement du lien entre vous.
Parfois, nous ne manquons pas d’amour. Nous manquons de signes que l’autre sait reconnaître comme de l’amour.
Être proche peut s’apprendre
Les difficultés commencent souvent lorsque nous supposons que l’autre devrait savoir, comprendre ou ressentir les choses comme nous.
Or vivre en couple, c’est aussi découvrir que nous ne parlons pas toujours spontanément la même langue relationnelle. Nous pouvons apprendre à mieux reconnaître la présence offerte par l’autre, tout en lui montrant plus clairement ce qui nous permet, nous, de nous sentir en relation.
La question n’est donc pas seulement : « Passons-nous assez de temps ensemble ? »
Elle pourrait devenir : « Dans les moments que nous partageons, qu’est-ce qui permet à chacun de nous de sentir que nous sommes vraiment ensemble ? »
Pour aller plus loin
Si vous souhaitez prendre le temps de mieux comprendre ce qui se joue dans votre relation, vous trouverez sur la page Ressources des workbooks guidés et des pistes concrètes pour avancer à votre rythme.
Découvrir les ressources : https://www.stephaniewalker.be/outils-pour-le-couple/
Stephanie Walker- thérapeute de couple


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