« « Mon partenaire ne comprend pas mes besoins. » Cette phrase revient souvent lorsque l’on a déjà expliqué ce que l’on attend, mais que rien ne semble changer.. »
Cette phrase contient souvent beaucoup de fatigue. Parfois de la colère. Et, derrière les deux, une question plus douloureuse : si mon partenaire m’aime, pourquoi dois-je encore lui expliquer ce qui est important pour moi ?
Nous aimerions croire que l’amour rend naturellement attentif. Que la personne qui partage notre vie devrait percevoir notre déception, comprendre notre silence ou deviner ce qui nous aurait fait du bien.
Pourtant, aimer quelqu’un ne donne pas automatiquement accès à son monde intérieur. Deux personnes peuvent être sincèrement attachées l’une à l’autre et ne pas reconnaître les mêmes signes de présence, d’attention ou d’engagement.
Comprendre n’est pas deviner
Dans certaines relations, les attentes restent longtemps implicites. L’un espère que l’autre proposera spontanément un moment à deux, posera une question, prendra une initiative ou remarquera qu’il ne va pas bien.
Lorsque cela n’arrive pas, la déception ne porte pas seulement sur le geste absent. Elle peut prendre une signification beaucoup plus large : je ne compte pas assez, il ne s’intéresse pas à moi, elle ne me connaît pas vraiment.
De son côté, le partenaire peut être surpris. Il pensait être présent. Il a peut-être préparé le repas, réglé un problème concret, laissé de l’espace ou simplement partagé la même pièce. Il ne reconnaît pas forcément ce que l’autre attend comme une preuve de proximité.
Parfois, nous ne manquons pas d’amour. Nous manquons de signes que l’autre sait reconnaître comme de l’amour.
Nous n’avons pas tous appris à regarder la relation de la même manière
Certaines personnes ont grandi dans des familles où l’on parlait des émotions, où l’on posait des questions et où l’on apprenait à remarquer les changements d’humeur. D’autres ont surtout appris à ne pas déranger, à se débrouiller seules ou à montrer leur attachement par des actes pratiques.
La socialisation peut également jouer. Certaines personnes sont davantage encouragées à observer les besoins des autres et à prendre soin du climat relationnel. D’autres sont moins sollicitées sur ce terrain. Il ne s’agit pas d’une règle qui vaudrait pour toutes les femmes ou tous les hommes, mais d’apprentissages qui peuvent créer un décalage important dans le couple.
L’un repère, anticipe, propose et relance. L’autre attend qu’on lui dise clairement ce qu’il peut faire. Avec le temps, le premier peut avoir l’impression de porter seul la relation. Le second peut se sentir constamment en défaut, sans savoir comment s’y prendre autrement.
Quand la demande se transforme en boucle
Plus une personne se sent peu entendue, plus elle insiste. Elle explique davantage, rappelle les conversations précédentes et formule sa demande avec plus d’intensité.
Mais le partenaire n’entend pas toujours le besoin sous cette insistance. Il peut surtout entendre un reproche : tu ne fais jamais assez, tu t’y prends mal, tu n’es pas le partenaire que j’attends.
Il se défend, se justifie ou se retire. Ce retrait confirme alors à l’autre qu’il ne veut pas comprendre. Plus l’un poursuit pour obtenir un signe de lien, plus l’autre s’éloigne pour se protéger. Et plus il s’éloigne, plus la demande devient urgente.
À ce stade, chacun regarde souvent le comportement de l’autre sans voir la boucle dans laquelle ils sont pris.
Ne pas comprendre, ne pas savoir faire ou ne pas vouloir s’impliquer
Toutes les incompréhensions ne se ressemblent pas. Cette distinction peut aider à regarder la situation avec davantage de précision.
Ne pas comprendre
Le besoin n’a pas été formulé clairement, ou les partenaires ne lui donnent pas le même sens. Par exemple, « j’aimerais que tu sois davantage présent » peut vouloir dire écouter sans téléphone, prendre des initiatives ou manifester plus d’affection. Tant que ce besoin reste général, chacun peut croire qu’il fait déjà ce qu’il faut.
Ne pas savoir faire
Le partenaire comprend que quelque chose est important, mais manque de repères. Il peut craindre de mal faire, chercher immédiatement une solution alors que l’autre souhaite d’abord être écouté, ou se figer face à une émotion qu’il ne sait pas accueillir.
Cela ne signifie pas que tout doit être excusé. Mais une compétence relationnelle peut s’apprendre, à condition que la personne accepte d’essayer, de se tromper et de recommencer.
Ne pas vouloir s’impliquer
La situation est différente lorsque le besoin a été nommé clairement et à plusieurs reprises, mais qu’il ne suscite ni curiosité, ni tentative, ni changement durable. Dire « je ne comprends pas » peut alors devenir une manière d’éviter la responsabilité du lien.
On ne peut pas demander à quelqu’un de tout deviner. Mais on ne peut pas non plus demander à une seule personne d’identifier le problème, de trouver les mots, de proposer la solution, de rappeler ce qui a été décidé et de vérifier que cela tient dans le temps.
Dire ce dont on a besoin sans porter seul toute la relation
Exprimer un besoin plus concrètement peut ouvrir une porte. Non pas : « sois plus attentif », mais : « quand je te raconte une journée difficile, j’aimerais que tu restes quelques minutes avec moi avant de chercher une solution ».
Cette précision ne devrait cependant pas devenir un mode d’emploi permanent que l’un rédige et que l’autre attend. Une relation se construit aussi par la curiosité : qu’est-ce qui compte pour toi ? Comment puis-je le reconnaître ? Qu’est-ce que je pourrais tenter différemment ?
Il peut être utile d’observer moins les promesses que le mouvement qui suit la conversation. Le partenaire pose-t-il des questions ? Se souvient-il de ce qui a été dit ? Essaie-t-il, même maladroitement ? Peut-il entendre l’effet de son comportement sans transformer immédiatement l’échange en procès contre lui ?
Ces signes ne garantissent pas que tout changera rapidement. Ils montrent cependant qu’il existe une volonté de rencontrer l’autre plutôt que de lui laisser toute la charge de la rencontre.
Une autre question à se poser
Au lieu de rester uniquement avec « pourquoi ne comprend-il pas ? », la question pourrait devenir : « Lorsque je lui montre ce qui est important pour moi, que fait-il de cette information ? »
Il n’est pas nécessaire de parler exactement la même langue relationnelle. Mais une relation peut difficilement rester vivante si chacun continue à parler uniquement la sienne.
Aimer ne signifie pas tout deviner. Aimer peut aussi vouloir dire accepter d’apprendre comment l’autre se sent aimé, tout en lui permettant de découvrir notre propre manière d’être en lien.
Pour aller plus loin
Si cette réflexion vous parle, vous pouvez également lire Sommes-nous tous proches de la même manière ? et Couple devenu colocataire : comment retrouver du lien et de la complicité ?.
Si vous ne savez pas très bien par où commencer, vous pouvez aussi faire le point sur les besoins de votre couple. Le questionnaire vous aidera à repérer ce qui semble demander le plus d’attention aujourd’hui.
Vous trouverez également des workbooks guidés et des pistes concrètes sur la page Boutique.
Stéphanie Walker – Thérapeute de couple



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